|55 La premiere temptation que le dyable fait au malade est de la foy Jhesucrist.

|56 Pour ce que la foy est le fondement de tout salut et sans elle nul ne puet parvenir a salvation, |57 tesmoing ce que dit monseigneur saint Augustin : |58  « Foy est le fondement de tous biens et commencement de la salvation humaine. » |59 Et saint Bernard dit |60 que « Foy est commencement du salut humain |61 sans la quele nul ne puet estre du nombre des filz de Dieu |62 et aussi, sans elle, tout le labeur de l’omme est vain et nul. » |63 Et, pour ce, le dyable, ennemy de tout humain gendre, s’esforce de [3v] toute sa puissance oster icelle totalement |64 ou au moins de devier ou fourvoier l’omme d’icelle en son extremité et a ce labeure monlt soutilement, disant :

|65  « O toy, povre et miserable homme, tu es et as longuement demouré en grant erreur. |66 Il n’est pas ainsi comme tu crois ne comme les religieux preschent et vous donnent a entendre. |67 Enfer est rompu |68 et, quelque chose que l’omme face, soit qu’il occise autrui ou soy mesmes, avec ou par indiscrete penitence comme aucuns ont fait, ou qu’il adore les ydoles comme font les roys payens et pluiseurs autres nations, |69 n’est il point tout un en la fin ? |70 Car nul n’en retourne. |71 A toy dire la verité, ta foy n’est riens, ains est une chose frivole. » |72 Par teles et samblables parolles et suggestions labeure le dyable environ le malade en son extremité |73 affin qu’il le pervertisse et oste de sa foy, |74 car bien scet que, se le fondement chiet, il convient neccessairement que tout ce qui dessus est ediffié viengne a perdition et en ruyne. |75  Il est toutes fois a savoir que le dyable ne puet constraindre l’omme a aucune temptation ne aucunement [4r] surmonter ne constraindre qu’il se consente a lui aussi longuement qu’il a usance et entendement de raison |76  s’il meismes de sa france et deliberee volonté ne s’i consent, |77 la quele chose sur toutes est a eschever et fouyr, |78 car, comme dit l’Apostre : |79  « Le tres leal Dieu, nostre benoit Createur, ne vous soufferra point tempter par dessus ce que porrés souffrir, |80 mais il vous fera pourvance de sa grace que vous pourrés soustenir et vaincre la temptation. »

|81 La bonne inspiration de l’angele au malade touchant la foy.

|82 A l’encontre de la premiere temptation que a fait le dyable a l’omme malade vient le bon angele qui lui donne bonne inspiration en tele maniere : |83  « O homme, ne vueilles croire aux mauvaises et pestiferes suggestions du dyable, ennemi de toute verité, |84 car il est menteur. |85  Il, en mentant, deceut les premiers parens. |86 Pour quoy ne vueilles aucunement doubter en la foy, |87  combien que, par ton sens et entendement, tu ne le puisses comprendre, |88 car, se comprendre le pouoies [4v] elle nullement ne te seroit meritoire. |89 Comme dist monseigneur sainct Gregoire : |90  « Foy n’a point de merite a la quele raison humaine donne experiment. » |91 Mais ayes en memoire les parolles des sains Peres, assavoir de sainct Pol parlant aux Hebreux en son .XIe. chappitre, disant : |92  « Il est impossible de plaire a Dieu sans foy. » |93 Et sainct Jehan en son tiers chappitre dist : |94  « Cellui qui ne croit en la foy de Jhesucrist est desja jugié. » |95 Sainct Bernard aussi dist : |96  « Foy est la primogenité entre toutes les autres vertus. » |97 Et oultre dist |98 que « La Vierge Marie fut plus beneüree en percevant et prenant la foy que en recevant la precieuse char de Jhesucrist ». |99 Considere aussi et imprime en ton cuer la vraie foy que eurent jadis les anchiens et loyaux patriarches, assavoir Abraham, Ysaac et Jacob, |100  et d’aucuns gentilz come Job, Raab, la fole femme, et de leurs samblables. |101 Pareillement, considere la grande foy des sains apostres, celle immuable des martirs confesseurs et des vierges, |102  car, par celle foy, tous les anciens Peres et les modernes compleurent a Dieu, Nostre Sauveur. |103 Par vraie foy, sainct Piere deambula [5] et passa sur les eaues. |104 Sainct Jehan Euvangeliste en vraie foy beut le mortel venin sans qu’il lui nuysist en riens. |105 Les montaignes de Caspie a la priere et foy du roy Alexandre s’assamblerent non obstant qu’il fust payen. |106 Et ainsi appert que foy est de Dieu benoite. |107 Pour quoy tu dois virilement et puissamment resister au dyable et croire fermement tous les commandemens de saincte Eglise, |108 car elle ne puet errer, attendu qu’elle est gouvernee du SainctEsperit.

|109 Notes que le malade, tantost qu’il se sent tempté d’aucunes choses contre la foy il doit premierement penser et ramener en sa memoire |110 combien la foy est neccessaire, car sans elle nul ne puet estre sauvé. |111 Secondement, il doit penser comment elle est proufitable et combien, |112 car elle puet toutes choses, si comme Nostre Seigneur le dit : |113 Omnia sunt possibilia credenti |114  « Toutes choses sont possibles au creant ». |115 Et aincoires dist : |116  « Quelconques choses en priant me demanderés, creés que vous le receverés et obtenderés. » |117 Et par ceste maniere le malade, moyenant la grace de Dieu, resistera a la temptation du dyable. |118 Et pour ce est il [5v] bon que a haute voix on lise environ le malade le Credo in Deum par pluiseurs fois |119 affin qu’il croie plus fermement et que plus constamment demeure en vraie foy, |120 car le dyable a grant horreur de oÿr parler de la creance et ainsi se depart confus du malade.


58 Note : Augustin, De Fide et operibus, I, 15, 24
60 Note : Référence à Bernard de Clairvaux partagée par les autres versions mais non identifiée.
67 Leçon non conservée : point taut un ― Variante de Q : font manque
72 Variantes de Q : subgections ; est dessus
78 Variantes de Q : benoit manque ; vous (aprés il) manque
79 Note : Paul, Première épitre aux Corinthiens, 10, 12
82 Variantes de Q : homme ne voeilliez c. ; subgections ; quoy ne voeilliez a
90 Note : Grégoire Ier, Homeliae in Evangelia, XXVI, 1.
91 Variante de Q : ayéz – Note : Paul, Épitre aux Hébreux, 11, 6.
94 Note : Jean, 3, 18
95 Variante de Q : En oultre
96 Note : Le texte cité se trouve  en réalité chez Augustin, Sermones, I, XXI, 11.
98 Note : Saint Augustin, De verbis Domini, XVII
109 Variante de Q : Notez
113 Note : Marc, 9, 23
114 Note :
116 Note : Marc, 11, 24
118 Variante de Q : car répété